notre histoire


Il n’y a pas de méthode spéciale à ma connaissance ; je raconte mon histoire : 

Je suis venu les trouver, ils étaient six et je leur ai demandé de m’apprendre leur métier qui leur rapporte pas mal ; ils étaient tous enthousiastes et chacun me faisait l’éloge de sa ruche héritée d’un brave grand-père qui était le meilleur…. Ils sont des observateurs avertis de la nature et m’ont appris beaucoup de choses sur les mœurs des abeilles de leur environnement ; en fait chaque cas est différent suivant la flore du lieu concerné.

J’ai titillé leur curiosité en leur racontant l’histoire d’un apiculteur qui récoltait plus de miel  en une nuit, que plus de dix comme eux en un an sans tuer les abeilles. Après plusieurs heures de discussion, ils m’ont autorisé à faire une démonstration qui devait durer
six mois. Avec l’équivalent de cinq euros (05€), j’ai acheté dans le bazar du coin  un sac de ciment avec mes six ‘moniteurs’ du moment.  Avec leur aide la ruche en ciment venait de voir le jour et les ‘top-bar’ étaient faites de branches d’un certain calibre bien taillées avec un canif,  une petite amorce de cire brute a complété le tout.

Une semaine après une colonie a été transvasée dans notre ruche horizontale que nous avons protégée contre la pluie et la chaleur.  Cinq mois plus tard en Novembre, je suis revenu et avec eux et nous avons fait la visite. Surprise !!!! Nous avons récolté vingt-deux kilos de miel (10 cadres de miel operculé pesant environ 2,5 kg) en laissant le couvain avec un cadre de part et d’autre, ainsi qu’une grosse colonie ; cela nous a pris trente minutes et le lendemain quatre heures d’explications avec les dimensions standardisées pour pouvoir utiliser plus tard un extracteur du commerce. L’apiculteur de cette petite histoire c’était moi et ils l’ont compris.

De mon coté ce que j’ai compris : c’est que le paysan ou le récolteur de miel est par moment réfractaire à tout ce qui peut changer ses habitudes et lui faire faire des dépenses. La tradition chez eux est de construire tout ce dont on a besoin et cette mentalité est fermement ancrée dans les esprits. Il est stressé par tout ce qui est importé, car c’est trop "compliqué" et en cas de « panne » pas de rechange; ils évitent la dépendance extérieure en utilisant les matériaux qui sont à leur portée. 

C’est pourquoi dès que les moniteurs des projets plient bagages, si les mielleries ne sont pas fermées l’accès est restreint, les cadres ne sont pas rangés comme il faut, les ruches en bois et les hausses comme les tenues sont utilisées à autre chose ; en fait, on attend un autre financement de projet et la présence d’autres moniteurs pour « relancer » l’apiculture du village. 

Mes ’’moniteurs’’ sont revenus me voir en 2011 avec une partie de leur récolte, je leur ai appris à faire de la maturation et mettre en pot de verre pour donner plus de valeur. Nous avons réussi à vendre à Dakar le kilogramme à dix euros au lieu d’un euros cinquante le litre. Maintenant ils sont vingt-deux personnes dont deux femmes au sein d’un groupement du village.